Ce qu'on a de meilleur

Suivez la progression de la création de « Ce qu’on a de meilleur »

Retrouvez ici la progression du travail de la compagnie Mushotoku Warai pour la création de Ce qu’on a de meilleur présenté au Collectif 12 les 2, 3 et 4 février.

 

 

J-11

« A la fin de Brûle, ma pièce précédente, des personnages déclaraient : « Alors il est temps de nous remettre à rêver, et de nous rendre à nous-mêmes ! Ce monde est déjà vieux pour nous, non ? On n’en veut plus. Il ne nous fait plus rêver. Et même si beaucoup font tout pour ne pas le voir, il meurt sous nos yeux. Quelque chose bouge, profondément… Alors vous restez sur le banc de touche ou vous recommencez à jouer ? » La pièce finissait plutôt mal, même si théâtralement c’était plutôt jubilatoire. Cette fin, ça a été le point de départ pour écrire Ce qu’on a de meilleur. On ne pouvait pas se contenter d’être désabusés. Il fallait changer quelque chose. L’origine, le cœur de tout, c’est celui-là. Ce qu’on a de meilleur, c’est la volonté de mettre cette réalité là sur la scène, de la mettre sous les projecteurs, pour redire qu’elle existe, rendre hommage à ceux qui la tentent et pourquoi pas ouvrir des possibles à d’autres. »

 

Ce qu'on a de meilleur
© Mushotoku warai

J-8

« On entame aujourd’hui une petite galerie de portraits des habitants du « Château », lieu de résistance où se situe le cœur de l’action. Parmi les habitants donc, il y a Stig, un plasticien plein de talents qui a installé son atelier ici. C’est lui qui lors des dernières élections a tapissé les panneaux électoraux d’affiches poilantes avec cette préoccupation incessante de questionner l’illusion démocratique. Et ça a bien fait marrer les gens. « Mais ce qui est fou, c’est qu’il y a toujours des fanatiques pour crier aux scandales ! On dirait que pour eux, j’ai tué Dieu ! » Stig, c’est aussi le poil à gratter du « Château », un électron libre avec une bonne dose d’humour sarcastique et plein de tendresse pour ses potes. Et de la peur face à la force brute qu’on leur oppose. Stig, c’est Etienne Parc. »

 

ce qu'on a de meilleur
© Mushotoku warai

 

J-7

« Hier soir, premier filage avec lumière et son. Le monstre commence à avoir de la gueule. Un peu long. 1h55. On va pouvoir commencer à ôter les poils disgracieux et à désépaissir les rouflaquettes. Mais attention, tout ça doit rester ébouriffé. Y a de la tignasse au « Château », du barbu des champs. Mais pas uniquement. Yann, qui est en charge de la ferme des Cimes, n’a ni le cheveu, ni le poil excentrique. Yann, c’est le paysan de la bande, et fier de l’être. Ado, pour cacher sa honte d’être fils et petit-fils de paysan, un copain lui avait conseillé de dire que son père était PDG d’exploitation agricole. « Tu vois cette honte, tu ne sais même pas d’où ça vient. C’est partout. On t’apprend à respecter des toquards et à mépriser ce qui est vraiment précieux, alors tu as l’impression d’être fils ou fille de bouseux. » Cet amoureux de la culture des fraises est aussi le plus véhément de tous les habitants du « Château », inattendu, sensible, instinctif et surprenant. Prêt à tout pour en découdre. Pourvu que ça fasse de beaux feux d’artifice. Et que ça soit l’occasion de trinquer. Yann, c’est Bryan Polach. »

 

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© Mushotoku warai

 

J-6

« La création émerge du cœur de la forêt millénaire. Au rythme d’un filage par jour, on précise, on affine les lignes et on s’appuie sur l’énergie du groupe. Seul l’engagement de cette belle équipe d’aventuriers nous permet de relever le défi de monter ce texte en 17 jours consécutifs de plateau. Force de la contrainte – le projet est soutenu par un unique coproducteur, le Collectif 12 – Ce qu’on a de meilleur c’est aussi une remise à plat pour la compagnie de notre manière de faire du théâtre. S’adapter sans cesse, chercher à lier l’action à la parole. Apporter au théâtre la réalité de ceux qui ont décidé qu’un autre modèle est possible, qu’il n’y a pas d’obligation à s’accorder avec les règles du libéralisme pour vivre heureux, cela impose aussi de relever les manches pour ouvrir de nouveaux possibles. Cette parole n’est pas si courante au théâtre. Elle est là et ne demande qu’à grandir. Nous comptons maintenant sur le désir et l’envie d’autres que nous pour que ce qui se crée ici ne soit que la première pierre. C’est le moment de vous préparer à faire 30 minutes de train depuis Saint-Lazare ou d’une autre gare, de venir à pied, à cheval ou en voiture, pour voir ce qu’on peut faire en 17 jours de plateau. Il y aura de belles et bonnes choses ici. Oui, car on a même prévu de quoi sustenter les appétits et les palais les plus exigeants. Repas végans et vins naturels au menu. Bon, j’y retourne car jeudi prochain, c’est déjà demain. »

 

© Mushotoku warai
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J-4

« Après ce filage du dimanche, poursuivons la rencontre avec nos habitants du « Château ». La pièce s’ouvre avec Anna, la solide et tenace Anna. Anna qui ne lâche rien. Bien sûr, elle a peur, comme tout le monde ici, de la force utilisée contre eux, de la violence des hommes de main de la multinationale. Mais ça fait des années qu’elle attend les bulldozers, de pied ferme. Des années qu’elle a construit sa vie ici au « Château », qu’elle a accueilli les nouveaux comme Dimitri, pour qui elle a une vraie tendresse. Et puis il y a eu le cancer de Marco, son compagnon, un grand gaillard qu’elle appelle « Loulou ». Une épreuve de plus qu’ils ont traversée ensemble, elle toujours inébranlable et douce à la fois. A ce moment-là des événements, Marco est encore sujet à des étourdissements post-traitement. Marco, c’est lui le spécialiste du maraîchage bio, de la permaculture, qui partage avec Yann le travail à la ferme des Cimes. C’est le plus diplômé, celui qui fait pâlir d’envi les ingénieurs agronomes par le rendement de l’hectare cultivé à la ferme des Cimes. 1 hectare, un seul petit hectare. Ce grand rêveur est aussi celui qui se colle le plus souvent aux décisions pragmatiques pour le collectif tout en appelant à la désobéissance civile. « Allez-y, faites vos trucs ! Allez-y, désobéissez ! Arrêtez de vous faire avoir ! Soyez libres et indépendants. » Anna et Marco, c’est Elsa Hourcade et Antoine Brugière. »

 

ce qu'on a de meilleur
© MUSHOTOKU WARAI
ce qu'on a de meilleur
© MUSHOTOKU WARAI

 

J-1

« On y arrive. On y est presque. Niveau fatigue, ça commence sérieusement à tirer après ces 17 jours de plateau. Mais on n’a pas de temps à consacrer à l’épuisement. Ce soir, générale. Et demain, vous serez déjà là. Et c’est complet. Ça efface toutes les fatigues du monde. Le filage d’hier soir était bon. Ça a de la gueule. Ils sont beaux sur le plateau du Collectif 12. D’ailleurs, c’est une bonne occasion de poursuivre nos rencontres avec les habitants du « Château ». Ou presque. Car Karl, lui, n’habite pas au « Château ». Il vit à proximité, une vingtaine de minutes de marche. C’est lui qui a trouvé Dimitri sur le bord de la route, sans connaissance. Et qui l’a conduit à l’hôpital. Karl, le mécano, c’est le grand-frère du château, celui qui a connu l’engagement le plus tôt dans sa vie mais c’est aussi le moins diplomate de tous. Flics, journalistes, multinationale, tous pourris et tous de mèche. Forcément, ça fait des étincelles. C’est même explosif. Karl, c’est aussi le frère aîné de Yann, le paysan de la ferme des Cimes. Avec cette différence d’âge, les deux frangins n’ont pas connu la même histoire. Karl avait d’ailleurs disparu depuis longtemps quand Yann s’est occupé de leurs parents jusqu’à la fin. Alors… Bref, il y a de quoi pimenter les retrouvailles. Et des retrouvailles, il y a aussi celles de Karl et de Maya, son ex, qui revient pour quelques jours au « Château ». De Maya et de Sam, on vous parlera demain. Karl, c’est Frederic Fachena. »

Ce qu'on a de meilleur
© MUSHOTOKU WARAI

 

J+2

« Ce soir, dernière (de cette série) ! Oui, déjà. Alors, pour tous ceux qui ne pourront pas venir ce soir parce que c’est complet, nous faisons aujourd’hui notre dernière rencontre avec les habitants du « Château ». Et c’est Maya et Sam les heureux élus. Maya a vécu ici pendant très longtemps avant de décider d’aller prendre l’air ailleurs. Elle était même là dès le début de l’aventure, avec Anna et Marco quand ils ont découvert la demeure et les terrains abandonnés par les propriétaires et qu’ils les ont investis pour qu’elle devienne le lieu de cette nouvelle aventure de vie. Maya a longtemps été la compagne de Karl, qui l’a aimée. Mais ce n’est pas à cause de lui qu’elle est partie au « Moulin » dit-elle, un autre lieu de résistance où elle tient désormais une permanence juridique pour aider les déclassés. Elle se passerait d’ailleurs bien d’être si utile à toute cette misère organisée. A ce moment-là de l’action, elle est revenue au Château « parce qu’on ne laisse pas les vieux amis ». Quant à Sam, «Sam dans vos oreilles, Sam sur les ondes », c’est le dernier à s’être installé ici mais ce n’est pas celui qu’on entend le moins. En effet, il a installé son camion-studio dans le sous-bois pour diffuser Radio Black César, la radio pirate la plus libre des radios. « RBC » rythme désormais la vie des habitants. C’est par là aussi que passe la solidarité du lieu. Et tous les habitants sont assez heureux d’avoir une radio qui leur ressemble. Radio Black César, c’est aussi le lieu des reportages en direct sur les événements. Bref, RBC, c’est aussi un peu la mémoire du lieu en train de se construire. Maya et Sam, c’est Mélina Bomal et Stéphane Brouleaux. »

© Mushotoku warai
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